Solveen Dromson est née à Strasbourg en 1975 dans une vieille famille de musiciens alsaciens.
L'art occupe rapidement une place importante dans sa vie et elle passe son adolescence entre théâtre et musique, consacrant 17 années au violon.



De nature « touche à tout », elle étudie les sciences criminelles à la faculté de droit de Strasbourg, puis se consacre à l'immobilier, ce qui l'a conduite jusqu'au mythique quartier de Saint Germain-des-Prés à Paris, avant de tout quitter pour créer et diriger « Les Bâtisseurs d'Emmaüs », structure d'insertion pour les plus démunis.

Ses toiles forment la palette multicolore d'une amoureuse de la vie.

Son exposition « My Life in pop » raconte son histoire, son désir de s'ouvrir au monde, tout en s'inspirant très nettement d'un monde kitch et pop où le glamour et la récup se mêlent à la dérision.

 

VOUS ENVELOPPEZ VOS TABLEAUX DANS UN CONCEPT QUE VOUS AVEZ APPELÉ « MY LIFE IN POP ». EST-CE QUE CELA VEUT DIRE QUE VOUS VOUS METTEZ EN SCÈNE DANS CHACUNE DE VOS ŒUVRES ?


L'art c'est la vie, vivre son art c'est déjà transformer l'existant en mirage incandescent. C'est mon côté petite fille, j'adore rêver, créer des mondes, je m'invente un univers différent où se mêlent Pop Art et Dadaïsme, en mélangeant les couleurs et les formes, cherchant les codes qui me font vibrer, cette corde sensible qui comme le violon joue sur nos âmes.
Quand je fais un tableau — je ne peux pas dire « peins » ou « colle », parce que j'utilise tout plein de techniques —, je circule dans des mondes parallèles, sans forcément suivre un fil conducteur, poussée par l'attrait de la nouveauté, de l'imprévu, en prenant de-ci de-là ce qui a fait "pop" dans mon esprit, comme une bulle qui éclate et m'ouvre sur d'autres possibles...
Les mots ont une importance capitale, ils sont là comme un amplificateur, il y en a partout, d'où l'importance que j'accorde au titre de mes toiles qui donne l'étincelle de départ.

OÙ PUISEZ-VOUS VOTRE INSPIRATION ?


Je glane à chaque instant. En fait, j'ai toujours les sens en éveil, prête à être touchée par le déclic d'une image, d'un titre de journal, d'une histoire. Je ne cherche pas juste l'image pour elle-même. Il est important que cette image ait un vécu, oui, qu'elle ait vécu sa vie avant que je me l'approprie. Mes tableaux sont un mélange de récup, d'images sauvées des poubelles. Bien sûr, il y a les sources plus évidentes, les brocantes, les marchés aux puces, les greniers, les salles d'attentes. Je me sens un peu comme une justicière dans le sens où bien souvent je redonne du lustre à des images poussiéreuses, oubliées.
Puis, dans un tout autre registre, il y a le Street Art, ultime libération de l'artiste sur les murs, transgressant la légalité et bousculant les conventions. De mes voyages, je rapporte ces messages animés, ces histoires éphémères que frénétiquement je consomme sans modération. Os Gêmeos, FKDL, Banksy, Leo et Pipo, Gregos.... Une influence que l'on retrouve sur certaines de mes toiles. Et puis bien sûr, il y a les grands Maîtres du Pop Art comme Lichtenstein, Hamilton, Jeff Koons, ou encore Jackson Pollock pour « l'acting painting », les impressionnistes... Tous ces univers me fascinent et viennent souvent frapper à la porte de ma créativité. Ils sont pour moi... une évidence !

VOUS PARLEZ D'INTUITION, ET LE HASARD DE LA RENCONTRE – À LA MANIÈRE DES DADAÏSTES – SONT CHEZ VOUS UN PRINCIPE CRÉATIF. POURTANT VOS TABLEAUX SONT TRÈS GRAPHIQUES, RÉPONDANT À DES IMPÉRATIFS DE COMPOSITION TRÈS PRÉCIS. COMMENT CONCILIEZ-VOUS CES DEUX EXTRÊMES, L'ORDRE ET LE CHAOS QUI SOUVENT SE RETROUVENT DANS VOS TOILES ?


Je crois que ma manière de travailler est à la source de cet alliage entre les extrêmes. Je suis très organisée dans le travail ! Je stocke par dizaines des revues, des journaux, des magazines, je fais des tas, les tas exploitables, pas exploités, découpés, entièrement découpés – je jette très peu. C'est ma palette. C'est juste plus encombrant et nettement plus lourd.
Et puis la toile blanche. Un rituel immuable. Je pose à plat ma toile et je la regarde en silence. Ca peut prendre une minute comme plusieurs jours. Le temps que l'idée vienne. La première, souvent, c'est une image... qui se trouve quelque part dans un de mes tas...
Elle vient sans réfléchir, comme posée sur son axe, suivant mes perceptions les plus folles. Autour de cette image, Il y a un début, il y a une fin. Et la toile est comme déjà achevée en pensée, comme le fruit d'un besoin évident d'exprimer ce qui devient une nécessité.
Et juste après, je me mets à découper pendant des heures, souvent sans m'arrêter, je constitue virtuellement ma toile. C'est toujours ainsi : le rite du silence qui précède le premier coup de pinceau, la frénésie qui s'en suit, la découpe, toujours l'importance du détournement et de la peinture en ponctuation. La toile est parfois sereine, parfois torturée, mais jamais improvisée.
J'ai plusieurs styles de découpe, tantôt précise, tantôt impatiente, je déchire, je transforme, je torture la matière pour la façonner pour qu'elle prenne naturellement sa place dans la composition. Le "Ready Made" qui se fait toile, comme l'objet qui devient peinture. Vous me suivez ?

VOUS FAITES AUSSI DES READY MADE...


Ca c'est la faute à Rauschenberg que j'ai découvert lorsque j'habitais à Amsterdam. C'était le coup de foudre pour ses « Combines ». Pour moi, Rauschenberg, c'est le marionnettiste du Pop Art, l'alchimiste par essence. Il sentait, reniflait, vivait ce qu'il faisait, invitait au rire, à la dérision, avec cette touche de dandysme qui le rendait irrésistible.

ET DONC, POUR EN REVENIR À VOUS ?


Rire... Et bien moi je fais des boîtes, un peu comme ces petits musées portatifs que l'on faisait à la fin du XIXe. J'essaye que les objets soient drôles, absurdes, m'amusant de leur fonction utilitaire réduite à néant. Je fabrique des choses qui résolument ne servent à rien et le proclame ! Pourquoi l'art devrait-il toujours être sérieux, austère, enfermé dans des codes et des carcans ?